samedi 10 septembre 2016

Photos, et lettre manuscrite

Cet été, j'ai fait beaucoup moins de photos que les étés précédents. J'ai pensé qu'il valait mieux profiter de ce que m'offrait l'instant présent : observer ces oiseaux, amusée ; admirer ce coucher de soleil ; sentir le parfum de ces fleurs colorées ; toucher cette mousse, l'écorce de ces arbres ; laisser mon coeur déborder d'amour en regardant jouer mes petits fils ; et tant d'autres choses encore, plutôt que de vouloir absolument figer ces instants pour ensuite les regarder parfois distraitement sur l'écran de mon ordinateur. Certes, je continuerai à faire des photos, mais sans m'en faire une obligation. Juste me dire : profite de cet instant, et ne pense à rien d'autre. Tant pis si je ne rapporte pas de souvenirs de ces instants-là, ils seront de toute façon gravés dans mon coeur et dans ma mémoire. N'est-ce pas le plus important ? Je reconnais par contre que je suis contente que mon père ait fait des photos lorsqu'il était de ce monde, je peux le voir, lui et ma mère, lorsqu'ils étaient jeunes, je peux voir où ils ont posé leurs pas (où j'ai ensuite posé les miens), je peux voir le visage de personnes dont j'ai entendu parler mais que je n'ai jamais connues, je peux voir mes grand-parents que j'ai à peine croisés et certains même pas du tout. Je peux voir à quoi ressemblait à l'époque le coin de campagne où se trouve ma petite maison bleue, les chemins en terre maintenant goudronnés, les arbres qui ont poussé, le paysage qui a changé. Oui, je suis contente. Mais à l'époque, mon père faisait juste quelques photos, c'était l'époque de l'argentique, faire des photos coûtait plus cher, ce n'était pas aussi simple que maintenant. Car maintenant, nous n'hésitons pas à en faire des centaines, voire plus, mais est-ce que nous prenons vraiment le temps de les regarder ensuite. Je me rappelle lorsque mon père emmenait ses pellicules photos chez le photographe, les jours d'attente et la joie que nous avions alors lorsque celles-ci étaient développées et que mon père les rapportait, il y avait une part de magie. Ce n'est pas de la nostalgie, mais c'est juste une constatation. Maintenant, pour beaucoup de choses, nous n'avons plus à attendre, nous avons tout tout de suite, cela enlève du charme c'est certain. C'est pareil pour le courrier finalement. D'ailleurs, la semaine dernière, alors que j'ai passé quelques jours dans ma petite maison bleue, j'ai ressorti des correspondances qu'entretenait mon père avec l'un de ses frères, j'ai lu à travers leurs mots le plaisir qu'ils avaient ainsi à s'écrire. Et j'ai repensé au plaisir que j'avais moi aussi à une époque à écrire de longues lettres, certaines contenant plusieurs feuillets. Alors, et comme je savais qu'elle en serait touchée, j'ai sorti une feuille de papier et j'ai écrit une lettre à une amie. Je sais qu'elle me répondra également par écrit et que, peut-être, nous continuerons ainsi à correspondre. En écrivant cette lettre, je me suis rendue compte qu'une lettre manuscrite a une saveur autre, une saveur que les mails n'ont pas. C'est complètement différent. J'avais oublié cette saveur et j'ai été heureuse et presque émue de la retrouver.

10 commentaires:

  1. Jadis j'aimais écrire... Des textes si longs sur du papier... J'écrivais à qui voulait échanger des mots avec moi...
    Aujourd'hui, il n'y a plus personne, et j'ai perdu le goût d'écrire sur du papier... Je me souviens que j'écrivais une écriture liée et inclinée... Maintenant, quand j'écris dans mon boulot, ce sont des minuscules et majuscules que j'utilise. j'ai perdu on écriture liée...
    Pour les photos... Je ne prends presque plus de photo non plus... Comme si le temps et l'envie s'étaient figés...
    Sans doute est-ce là le prix à payer quand on se retire du monde ?...

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    1. Le temps et l'envie reviendront peut-être, Gilles, il faut juste attendre le bon moment. Tu sais bien que tout est impermanence et qu'on le veuille ou non, rien n'est figé...
      Bonne soirée à toi.

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  2. Quelle nostalgie dans ce billet, Françoise!
    C'est vrai que j'écris rarement des lettres. Les emails n'ont pas le même goût, tu as complètement raison!Plus rapide, moins de soin et surtout moins confidentiel...
    C'est étrange pour les photos car je prends le chemin inverse j'ai l'impression. Je n'aimais pas et j'aime de plus en plus!
    Et puis, il y a toujours le fan de photographie. On est entre ami, avec les enfants...Tout le monde joue, discute... Et d'un coup, il y en a un pour dire :"Mettez vous tous là, je vais prendre une photo du groupe!" :D :D :D
    Bisous

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    1. Malgré ce que j'ai écrit sur mon billet, les photos garderont toujours pour moi un côté magique, et pour mes enfants et mes petits-enfants, je continuerai à en faire. :-)
      Bonne soirée à toi, Emilie. Bisous.

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  3. Mes plus belles photos sont celles de mes souvenirs, jamais elles ne palissent, ma mémoire est le bel album...

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    1. Très joliment dit, Jeanmi. :-)
      Merci de ta visite, ici.

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  4. Magnifique billet pour tout ce qu'il évoque. Comme toi je "rends grâce" à la photographie sans laquelle je ne connaitrais pas mes parents enfants, ou mon arrière-grand mère svelte comme un roseau qui est devenue cette grosse petite dame dont le profil, lui, n'avait pas changé. Sans le repentir pour une faute avouée (après sans doute s'être fait pincer) et ces quelques mots sur un papier écrit sur le tard de leur vie ("Louise, je t'aime"), je ne saurais pas que son coquin de mari l'aimait et avait, outre cet air sévère, de la tendresse au coeur...

    Merci!

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    1. J'ai adoré lire les lettres que ma mère écrivait à mon père : "mon gentil petit fiancé"... comme c'était mignon. :-)
      Et les voir tous deux, jeunes mariés, lors de leur voyage de noces... :-)
      Bonne soirée, Edmée. Merci à toi.

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  5. Ici, comme ailleurs, la qualité (affective, artistique, etc) prime la quantité.
    La photo est une devanture de magasin, la lettre manuscrite nous y fait pénétrer.

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    1. Oui, Rom, et les deux réunis, quel bonheur ! :-)

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